lundi 29 décembre 2025

Sans Titre

 

Un jour, mais il sera trop tard, tu la verras.
Nue comme au sortir du puits, si claire qu’il faudra
que le soleil, embarrassé par tant d’éclat, 
pudique, l’emmaillote dans un lange d’évidence.

« J’étais là ! » gémira-t-elle avec douceur,
Sans reproche et sans orgueil, le regard las
de l’ange qui sait tout et compte les errances 
de ceux-là qui préfèrent la tiédeur à l’accident.

La vérité se tiendra devant tes yeux, étonnés
du temps qu’il aura fallu à tes nerfs pour décréter 
que mes mots furent réels du premier jusqu’au dernier.

Mais il sera trop tard pour les entendre vivre
au creux de ton oreille. Te restera mon livre
et mes rimes naïves. Les écrits restent ; la passion…

——
Je me relis, grandiloquent, me prenant pour un poète,
et j’entends sur mon épaule mon angelot qui rit.
Je le fixe du regard, sévère et patriarche. Lui,
ajustant ses chaussettes, marmonne entre ses ailes :

« Ah! parce que toi, l’évidence, tu t’y résous? » Aïe !
Méchant angelot, miroir sans pitié, canaille !
qui pilles mon raisin dans l’assiette de mon quotidien,
mâches mes fruits et me craches au visage les pépins !


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