Je sens que le temps presse. Que je dois
Faire le tri dans mes combats. Je n’ai plus
Assez d’heures, de jours, d’enfance. L’urgence
M’oppresse et tresse mes nerfs. De guerre las
Je rechigne à reprendre les armes. Et pourtant
Je le sens bien, que te temps vole et me colle
Au derrière et me pousse. Vers quels avants ?
Trop de choix, de luttes, de voies. Je dois
Faire le tri dans mes forces. Les charges
Sous les étendards ont fait long feu. Dieu
S’est résolu à se dissoudre en aboiements
D’ignorants déracinés vindicatifs. Balanciers
De l’Histoire qui nous giflent. La schlague
S’est mis à parler hébreu. Le sable
Se dérobe sous mes pieds et dans le sablier.
Plus de temps. Les âges se mélangent
Et les ères superposent leurs redites
avec la transparence des films d’antan.
Dominants et résignés re-signent leurs contrats.
Et la chose publique saigne sur l’autel du Profit.
Au pied de l’estrade le peuple réclame
Le droit à la bulle divertissante. L’élite exige
L’exigeante épine à la pointe émoussée
Par un galvaudage accéléré. Demain
Ses thèmes seront désuets. Alors ?
Quoi conter de neuf, d’outrancier, de plaisant?
L’urgence à dire a-t-elle cours ? Pressé
De faire, forcé de croire, stressé d’agir.
Entrelacées les lignes de vie, de coeur,
de tête. Mais deux mains. Deux. Seulement.
L’une pour l’épée, l’autre pour l’écu. Manque
La devise. Trier les mots même de mes rêves.