mercredi 26 juin 2024

Eloge du néant


I

Tout est plein de tout, de trop. Les jours

S’emplissent de gestes insensés, utiles

À chaque pot, casserole, étagère de linge.


Chaque instant est comblé par le besoin

De quoi, de rien, de tout, de ce que l’autre

Possède, de certitudes héritées.


L’esprit, ce qu’il en reste, s’emplit de contraintes

Imposées par quoi, par qui, par tout, par rien,

Par la myopie qui interdit de lever les yeux.


Tout s’agite mais…

Tous s’agitent mais…


Tout est trop plein, ventre mou de limace

Qui dévore la laitue des minutes…

Et le néant se perd dans le vertige.


Car le néant se débat entre deux néants :

L’absence de vide qui lui permettrait d’être

L’absence d’âme qui lui donnerait l’étoile


II

Heureux qui végète

Au rythme des saisons !

Heureuse fleur qui se contente

De boire sous la terre

L’eau de sa survie,

De peigner ses étamines

Au soleil qui luit, qui, 

Lui, danse et rit.


Trop tard en s’allongeant,

Dans un élan de chlorophylle, 

Prendra-t-elle conscience

Du bonheur qu’elle doit

Au néant de ses espoirs?


III

Point de parole qui n’éclose

Du silence

Point de route qui ne surgisse

De la distance

Pas un amour qui n’explose

Au creux du manque

Pas une idée qui ne se forge

Au fond du néant


IV

A l’instar des Césars

Qui révèrent  d’absolu

Je songe aux pyramides


A l’image  des apôtres

Porteurs de bonnes nouvelles

J’inscris des versets abscons


Je fus Vasco de Gama

Colomb, Marco Polo,

Dans mes rêves insulaires


Comme eux, je serai néant.

Mais je tutoierai ces géants

Du haut de mes deux cahiers.