jeudi 22 juin 2017

Lettre

 

Voudras-tu me permettre

qu'á l'ancienne façon

je t'envoie cette lettre?

Je n'en sais pas le ton

ni le rythme, les sons,

ni si pourront paraître

des vers mème, peut-être 

des alitérations.

Je suis bientôt l'ancêtre 

ressassant ses chansons!


C'est bien l'âge, le temps

qui me fait prendre ici

la plume au trait d'antan

l'encre aux contours vieillis

la patine vernie

le style antiquisant

le tempo lancinant

et l'allure alanguie

des ancêtres chantants

de Sète ou de Paris.


L'âge et le temps disais-je

me font faire à présent

des aveux sacrilèges

des constats étonnants.

Il en est un pourtant

mordant comme la neige

blanc manteau qui protège

l'hiver le renard blanc:

toujours le même arpège

de mes chansons d'enfants


Toujours la même note

obsédante et fantasque,

l'angoisse qui pianote

la nuit dans la bourrasque,

même alcool dans la flasque

même vin pour les potes.

Même amour qui radote

quand seul il sent, hélas! que

ce vieillard qui sanglote

n'a de vieux que le masque.


N'a d'ancien que les traits

qui collent au visage

et font qu'on reconnaît 

le nom du personnage.

Faux-semblants qui ménagent

les rabat-joies distraits

chronométreurs parfaits

imbéciles faux-sages:

j'ai peur comme j'avais

peur en mon premier âge.



lundi 19 juin 2017

La mouette et la route

 

Le chapeau de paille. 

le hamac sur la grève.

un verre vide à la main.

la pensée entre deux.


Le soleil insolent.

les cris de petits d'hommes.

l'air tiède et paresseux.

la marée entre deux.


La mouette curieuse.

Les yeux perçants de mouette.

l'approche audacieuse.

la peur entre nous deux.


Le délire du rhum.

Les livres obsolètes

le récit de l'oiseau

la science entre les deux:


"J'ai flotté plumes offertes

au-dessus de la grande surface

qui s'étend unique et multiple

de rive à rive entre continents

Pas de limites pas de frontières

pas de chemins prédestinants

Puis

J'ai vogué sur les champs de graines

coupés ça et là par des rubans de gris

et me demande si l'espèce humaine

use des chemins comme de barbelés"


Non, je réponds, bien au contraire

les chemins les routes le voies de fer

rassemblent les hommes qui sont écartés!


Je me penche étonné vers le blànc volatile

et lui glisse à l'oreille un secret d'ivrogne:

la route n'est ni bonne ni mauvaise, ni belle ni moche

elle ne coupe pas,

elle joint mille points.


La mouette me regarde rieuse à son usage

et déclare d'un ton

sec et tranchant : "la route

ligne droite sans fin et courbes et virages

ne mène nulle part,

le monde est entre deux.

C'est le monde qui est beau: de la route on le voit.

Voyage, homme, voyage 

mais pose ton regard 

sur les endroits que la route épargne."


L'oiseau pousse un cri bref

et pousse sur ses pieds

et s'élève orgueilleux  jusqu'au ciel sans route

sans frontières ni barbelés.


Je le regarde faire

je remets mon chapeau

mon verre est encore vide

mon rêve est entre deux.


dimanche 18 juin 2017

Traces

 

Quelques mètres devant moi

l'homme avançait vers le loin

imprimant sur le sable humide

des empreintes de pieds nus


J'ai voulu poser mes pieds menus

dans les traces de cet homme grand 

j'ai dû allonger le pas. L'effort

m'a fait grandir à chaque été.


Elise est grande, son pied petit

le mien écraserait l'empreinte

qu'elle m'offre pour mieux vieillir


Je préfère marcher à ses côtés

pieds dans l'eau fraîche, sans écraser

le chemin de traces qu'elle grave.


vendredi 16 juin 2017

Vue !

 

Je t'ai vue. Tu me reproches 

de t'avoir regardée.

Ne renversons pas les rôles.


Il y a x milliards d'années,

peut-être d'avantage,

Hélios et Hydrogène

ont entamé un long combat

explosif et merveilleux 

à l'autre bout du monde.

Il y en a eu des boums

et des flash et des fziou

avant que quelques ondes

déguisées en rayons

saupoudrés de photons

par hasard foncent sur Terre

rebondissent 

sur le châtain de tes cheveux

le vert mare de tes yeux

le mat de ta peau matte

la forme cachées de tes formes

puis ayant rebondi frappent

traversant mon iris

mes sens et mon cerveau.


Moi? te regarder?

je corrige ta feuille.

Belle, c'est toi qui m'as

tapé dans l'oeil