A Stéphane Mallarmé
Tôt le matin dans l’air frais et neuf
Il a sorti le sac plein de restes d’ordures.
L’a tenu par le col, par les liens, par la gorge
Maintenu ensuite à bout de bras,
Noué à l'extrémité d’une corde
Longue comme un hiver de veuf
Qu’il a balancée par dessus la branche
D’un sycomore à l’écorce dure.
Il a laissé pendre le sac au soleil
Tiédi du matin, chaud du midi,
Il a senti macérer le suc des rogatons
Jusqu’au soir et l’arrivée des coprophages.
Il l’a regardé se balancer sans brise.
Enfin l’heure est venue où la nuit
L’a empêché de distinguer les noirs
Du nylon du sac et du ciel en atomes.
Puis il a commencé de compter les étoiles.
Quand il est arrivé à l’éblouissement
Il a pris dans sa poche le couteau d’argent
Qu’un grand-père optimiste lui avait légué
Et d’une caresse à peine de son fil d’acier
A fait une entaille et vidé les entrailles
Du sac qui pendait comme une mue récente,
Ensemençant le sol de putrides métempsycoses.
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