samedi 15 mars 2025

Mandragore

A Stéphane Mallarmé

Tôt le matin dans l’air frais et neuf

Il a sorti le sac plein de restes d’ordures.

L’a tenu par le col, par les liens, par la gorge

Maintenu ensuite à bout de bras,

Noué à l'extrémité d’une corde

Longue comme un hiver de veuf

Qu’il a balancée par dessus la branche

D’un sycomore à l’écorce dure.


Il a laissé pendre le sac au soleil

Tiédi du matin, chaud du midi,

Il a senti macérer le suc des rogatons

Jusqu’au soir et l’arrivée des coprophages.

Il l’a regardé se balancer sans brise.

Enfin l’heure est venue où la nuit

L’a empêché de distinguer les noirs

Du nylon du sac et du ciel en atomes.


Puis il a commencé de compter les étoiles.

Quand il est arrivé à l’éblouissement

Il a pris dans sa poche le couteau d’argent

Qu’un grand-père optimiste lui avait légué

Et d’une caresse à peine de son fil d’acier

A fait une entaille et vidé les entrailles

Du sac qui pendait comme une mue récente,

Ensemençant le sol de putrides métempsycoses.



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