I
Tout est plein de tout, de trop. Les jours
S’emplissent de gestes insensés, utiles
À chaque pot, casserole, étagère de linge.
Chaque instant est comblé par le besoin
De quoi, de rien, de tout, de ce que l’autre
Possède, de certitudes héritées.
L’esprit, ce qu’il en reste, s’emplit de contraintes
Imposées par quoi, par qui, par tout, par rien,
Par la myopie qui interdit de lever les yeux.
Tout s’agite mais…
Tous s’agitent mais…
Tout est trop plein, ventre mou de limace
Qui dévore la laitue des minutes…
Et le néant se perd dans le vertige.
Car le néant se débat entre deux néants :
L’absence de vide qui lui permettrait d’être
L’absence d’âme qui lui donnerait l’étoile
II
Heureux qui végète
Au rythme des saisons !
Heureuse fleur qui se contente
De boire sous la terre
L’eau de sa survie,
De peigner ses étamines
Au soleil qui luit, qui,
Lui, danse et rit.
Trop tard en s’allongeant,
Dans un élan de chlorophylle,
Prendra-t-elle conscience
Du bonheur qu’elle doit
Au néant de ses espoirs?
III
Point de parole qui n’éclose
Du silence
Point de route qui ne surgisse
De la distance
Pas un amour qui n’explose
Au creux du manque
Pas une idée qui ne se forge
Au fond du néant
IV
A l’instar des Césars
Qui révèrent d’absolu
Je songe aux pyramides
A l’image des apôtres
Porteurs de bonnes nouvelles
J’inscris des versets abscons
Je fus Vasco de Gama
Colomb, Marco Polo,
Dans mes rêves insulaires
Comme eux, je serai néant.
Mais je tutoierai ces géants
Du haut de mes deux cahiers.
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