samedi 8 novembre 2025

Imperator


J’avais pris l’habitude de relever le col

De mon veston pour protéger ma nuque :

Cela donnait à ma démarche un je-ne-sais-quoi

De majestueux qui collait à mon rang.


Je ne pliais jamais le bras, pour éviter

Que l’étoffe à l’endroit du coude se froissât.

Et je gardais les mains vers le sol,

Afin que les coutures ne forçassent point. 


Par dessous le veston, en soie fine de Chine

Ma chemise semblait bariolée de fraîcheur ; 

Et le pantalon tenait à la taille sans serrer

Et tombait droit comme un i, souple pourtant.


La longue cape, surtout, qui pendait à l’épaule 

Et tenait par un cordon tressé d’or et d’argent, 

Indiquait aux badauds que j’étais qui j’étais,

Investi de l’aura que le génie confère.


Je paradais ainsi, regardant l’infini

Voisin de mes aspirations de Poète accompli,

Devisant avec moi-même de choses d’importance

Trop élevées pour être soumises à la plèbe.


Je paradais en songeant à la chance que j’eus

D’avoir déniché dans l’arrière-boutique

D’un marchand d’occasions, ces habits d’empereur 

Qui me siéent, dit-il, comme s’ils étaient neufs.


Je paradais donc, imbu mais fier de ma superbe,

Avec la conviction d’être ce que je paraissais,

Quand le rire d’un garnement me tira de mon rêve… :

J’étais nu comme un ver, vêtu de mes illusions.


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