J’avais pris l’habitude de relever le col
De mon veston pour protéger ma nuque :
Cela donnait à ma démarche un je-ne-sais-quoi
De majestueux qui collait à mon rang.
Je ne pliais jamais le bras, pour éviter
Que l’étoffe à l’endroit du coude se froissât.
Et je gardais les mains vers le sol,
Afin que les coutures ne forçassent point.
Par dessous le veston, en soie fine de Chine
Ma chemise semblait bariolée de fraîcheur ;
Et le pantalon tenait à la taille sans serrer
Et tombait droit comme un i, souple pourtant.
La longue cape, surtout, qui pendait à l’épaule
Et tenait par un cordon tressé d’or et d’argent,
Indiquait aux badauds que j’étais qui j’étais,
Investi de l’aura que le génie confère.
Je paradais ainsi, regardant l’infini
Voisin de mes aspirations de Poète accompli,
Devisant avec moi-même de choses d’importance
Trop élevées pour être soumises à la plèbe.
Je paradais en songeant à la chance que j’eus
D’avoir déniché dans l’arrière-boutique
D’un marchand d’occasions, ces habits d’empereur
Qui me siéent, dit-il, comme s’ils étaient neufs.
Je paradais donc, imbu mais fier de ma superbe,
Avec la conviction d’être ce que je paraissais,
Quand le rire d’un garnement me tira de mon rêve… :
J’étais nu comme un ver, vêtu de mes illusions.
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