Voudras-tu me permettre
qu'á l'ancienne façon
je t'envoie cette lettre?
Je n'en sais pas le ton
ni le rythme, les sons,
ni si pourront paraître
des vers mème, peut-être
des alitérations.
Je suis bientôt l'ancêtre
ressassant ses chansons!
C'est bien l'âge, le temps
qui me fait prendre ici
la plume au trait d'antan
l'encre aux contours vieillis
la patine vernie
le style antiquisant
le tempo lancinant
et l'allure alanguie
des ancêtres chantants
de Sète ou de Paris.
L'âge et le temps disais-je
me font faire à présent
des aveux sacrilèges
des constats étonnants.
Il en est un pourtant
mordant comme la neige
blanc manteau qui protège
l'hiver le renard blanc:
toujours le même arpège
de mes chansons d'enfants
Toujours la même note
obsédante et fantasque,
l'angoisse qui pianote
la nuit dans la bourrasque,
même alcool dans la flasque
même vin pour les potes.
Même amour qui radote
quand seul il sent, hélas! que
ce vieillard qui sanglote
n'a de vieux que le masque.
N'a d'ancien que les traits
qui collent au visage
et font qu'on reconnaît
le nom du personnage.
Faux-semblants qui ménagent
les rabat-joies distraits
chronométreurs parfaits
imbéciles faux-sages:
j'ai peur comme j'avais
peur en mon premier âge.
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